Juin 2026 – Au delà des mots prononcés
« Les bulletins de note ont tué le rapport avec mes parents .»
« Mes souvenirs heureux de l’école c’est quand on est en voyage scolaire ! »
« Je me dis que si je ne suis pas bonne à l’école, je ne vais pas pouvoir faire un métier que j’aime. »
« Quand je lis et qu’il y a un mot que je ne comprends pas ça me bloque. »
« École primaire, ça va. Au collège tu fais une bêtise c’est l’exclusion direct. Faut travailler sinon t’es largué. »
« Je n’aime pas les punitions et l’injustice. »
« Abandonner, c’est se mettre des barrières alors qu’on peut le faire. »
« J’aimerai ne plus être fatiguée. Se lever le matin pour venir à 8h au collège, c’est trop tôt».
Voici les citations, écrites par des jeunes de CERISE et d’ailleurs, qui figurent sur les tracts donnés au public du spectacle Désertines les 05, 06 et 07 juin derniers, à l’occasion du festival Parades à Nanterre.
Ces trois représentations, auxquelles 15 jeunes de CERISE ont participé en tant qu’artistes aux côtés des comédien.nes de la P.A.T.T (Production Artistique de Tout Type), sont l’aboutissement d’une année et demie de travail à CERISE auprès de plus de 30 jeunes dont une bonne moitié d’entre eux ont formé le « noyau dur » du spectacle à venir.
Durant cette période, à raison d’une fois par mois, Muriel Lefebvre, comédienne et metteur en scène auteur de la création Désertines, est venue les vendredis soirs au local « enfants » de CERISE, sur le créneau dédié aux activités ados de 17h30 à 19h. Si, dans un premier temps, en 2025, le suspense était de mise quand à la mobilisation et à la présence des jeunes à ces ateliers d’initiation théâtrale, leur participation et leur plaisir à y (re)venir n’a rapidement plus fait l’ombre d’un doute.
Bien évidemment, certains jeunes n’ont fait que « passer » en se risquant à poser ou non un pied dans la pièce, se sont « posés » aux côtés de leurs camarades plus ou moins concentrés pour discuter avec eux de sujets disons « annexes », pour opérer une fusion avec leurs téléphones portables respectifs (« Quoi ? K’es ki y’à ? »), ou encore, pour les plus jeunes, en profiter pour chahuter (comprendre « jouer ») avec leurs camarades qu’ils ne retrouvent pas ou peu par ailleurs en dehors de l’école ou du collège. Il n’empêche que les (pré)ados, dans une grande diversité d’âges allant de 9 à 15 ans, aux côtés de 4 autres jeunes adultes en service civique eux- mêmes âgés de 17 à 21 ans, ont répondu présents et se sont engagés sur le long cours jusqu’aux représentations finales à Parades en juin dernier.
Il est rare que, ce que nous autres professionnels de l’E.S.S (Economie Sociale et Solidaire) nommons « une action d’ouverture culturelle et citoyenne », suscitent chez les jeunes autant d’appétence et d’intérêt !
Certes, le professionnalisme de Muriel Lefebvre et de ses comédiens.es, qui a fait preuve tout du long d’une écoute et d’une grande souplesse, n’y est pas pour rien, mais la principale raison se trouve dans cette évidence : à CERISE, l’aventure est avant tout humaine par le simple fait de se retrouver ensemble dans un lieu de vie où la bienveillance est de mise, dans lequel les jeunes se sentent en sécurité grâce au lien de confiance qui nous rassemble par delà nous différences (d’âges, d’expériences, de parcours, de statuts, etc.).
A partir d’un cadre référentiel commun (celui de notre rapport à notre scolarité présente et/ou passée), ce qui s’est joué pour les jeunes à chaque représentation de Désertines va au-delà des mots prononcés dans la pièce par ses comédien.nes principaux, Elsa Foucaud, Leila Gaudin et Benjamin Candotti-Besson (le tout accompagnés par la création musicale de Florian Billon): c’est, pour reprendre les mots de Leila (voir le lien vidéo ci-dessus) le fait d’avoir été été membre d’une équipe qui, même si elle ne se parlait pas, restait tout du long attentive au mouvement de l’autre ; c’est aussi et surtout le fait que les corps des jeunes « artistes » s’y sont librement exprimés, avec leurs sensibilités, leurs expériences vécues, leurs affects, le tout sous le regard des spectateurs.trices dans l’espace public, dans un élan créatif (re)vécu dans l’instant présent.
Ce n’est pas pour rien, qu’à la fin de Désertines, après un suspense insoutenable (Anne, le personnage principal, va t-elle ou non réussir à passer en seconde générale à l’issue de son conseil de classe?), l’émotion est à chaque fois devenue palpable pour le public présent. Car, vous pouvez bien le savoir maintenant, les jeunes « artistes » de CERISE étaient systématiquement acteurs.trices de la pièce mais sans être annoncés en tant que tels au public présent en amont.
Le public, composé de 80 personnes (soit une jauge pleine avec beaucoup de parents de jeunes présents, parfois même aux trois représentations!), a donc découvert avec surprise que ces jeunes déambulant à leurs côtés étaient ce que les professionnels.les du spectacle vivant nomment « les barons.nes du spectacle », à savoir des complices des comédien.nes qui participent au spectacle.
Bien évidemment, il serait bien triste de s’arrêter en si bon chemin, c’est pourquoi nous avons deux bonnes nouvelles à vous annoncer :
1.Le spectacle Désertines continue ses représentations dans toutes la France (plus d’infos ici) et nous n’excluons pas qu’à l’avenir certains jeunes de CERISE puissent y participer dans le cadre d’un court séjour.
2. Les ateliers d’initiation théâtrale à CERISE pour enfants (niveau CM) et jeunes collégiens (6e, 5e) reprendront de novembre 2026 à février 2027 pour un cycle de 10 ateliers axé sur l’improvisation pour donner aux jeunes la liberté de choisir les sujets à aborder tout en gardant comme fil conducteur leur scolarité (plus d’informations à venir).
Nous tenons à remercier nos partenaires financiers qui ont soutenu la mise en œuvre des ateliers théâtre à CERISE : l’Etat avec le Fonds Interministériel de la Délinquance (FIPD), le Département avec le Contrat Local de Sécurité et de Prévention de la Délinquance (CLSPD), la Ville de Nanterre avec le P.A.R (Parcours Ambition Réussite) dans le cadre de son P.R.E (Programme de Réussite Éducative).